Première nuit à Bonnieux.
Gordes, Goult, Lacoste, Roussillon, que de noms qui fleurent le rosé et le miel.
Mais qui a déposé là ces petits villages dorés, perchés sur le haut des collines comme le corbeau sur l'arbre? Un grand jeu entre grands Manitous? Un pas dans la terre encore meuble et voilà un vignoble. Un tracé du bout du doigt et voilà la rivière. Une partie d'osselets et voilà les fortifications. De la poudre dorée et voilà la lumière du soir... Et dans le groupe, il y a l'autre.
L'autre qui ne veut pas que le temps passe. Celui qui s'accroche à la grande aiguille, qui a mis des chaussures à crampons, son harnais et ses mousquetons. Celui qui a veilli trop vite et qui regrette. Celui qui pense encore que tout est réversible, comme son t-shirt acheté en soldes le premier mercredi du mois. Et son problème, c'est la petite aiguille. La "sournoise", il l'appelle. Celle qui sous son air de "je ne bouge pas" avance à petit pas, dans son dos, discrètement. Et lui voudrait que tout soit figé. Alors il a fabriqué des étiquettes. Fabrication Artisanale, Véritable lavande, Authentique, A l'Ancienne. Il a installé des parkings à l'extérieur des villages, pour faire comme à l'ancien temps. Il préserve, pour qu'il n'arrive rien aux osselets.
Et il n'arrive jamais rien. La petite avance, mais les chiffres aussi, au même rythme. On croise des mamies de 128 ans, des papys qui ont réussi à user les bancs de Pierre, qui ne leur en veut même pas... Des pharmaciens qui n'en peuvent plus d'essayer de renouveler leur clientèle, sans succès. Qui sont heureux quand la saison des touristes arrive enfin. Des vrais gens malades, qui se font piquer par les Arabis, cette spécialité locale à consommer à l'heure de l'apéritif.
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