Doré à point. C’était demandé comme ça à la boulangère. Et pour
le coup, elle a était généreuse.
Les vieilles pierres encore chaudes donnent
envie de se coucher là, les odeurs de terre de faire des vers, le cigaillon
(mot d’ici, puisque je suis là, pour désigner le chant des cigales dès lors que
les degrès sont plus de 26 à jouer à saute-moutons) de s’abandonner.
Et
pourtant tout commence dans 35 minutes. Les gens se pressent. Monsieur et
Madame sont assortis. C’est chic. Pantalon rouge blazer noir pour lui, tunique
rouge pantalon noir pour elle. Presqu’élégance pour lui, totale vulgarité pour
elle. La complémentarité parfaite. Il avait certainement envie d’être Redford,
elle pense avoir épousé le vrai.
Et lui, ce jeune homme à la mode et aux
cheveux décoiffés. Il devait dormir dos à la mer quand il était petit et râler
quand le sable se collait sur son œuf dûr. Il se tient là, quasi adossé à son compagne, dont le
regard mais surtout la robe blanche doivent cacher bien des secrets. Elle regarde pour
être vue. Elle tient une cigarette, en fume une bouffée puis la glisse entre les
lèvres de son décoiffé. Lui savoure l’instant, qu’il doit confondre...
Et tout ça sous le regard des étoiles et dans la carrière du château
du marquis de Sade. Sade devrait être bien cette soirée.
Les lumières s’en vont
en toute discrétion, peu à peu remplacées par des fausses notes, je vous
l’accorde. Les premières belles notes parviennent à s’extirper de ce joyeux
fatras, et les voilà qui virevoltent au-dessus de ma tête et vont chatouiller
le R&B couple. J’en attrape une au passage, heureusement c’est une double
croche et nous sommes deux. J’ai soudain l’impression d’avoir quatre mains. Une
dans celle ma fille, une dans ses cheveux, l’autre tenant la croche et l’autre
ou ça ne vous regarde pas, de toute manière on est trop haut maintenant, on ne
verrait rien. On est parti là-bas, juste entre les deux pins parasols. Et on a
pris le train jusqu’à la mer. Encore une étoile qui nous accueille, certainement une
cousine de l’ours. Changement de monture. C’est drôle comme en se coordonnant
on parvient à donner le mal du pays à une étoile des mers. A cheval sur sa
branche et actionnant les mains, ma fille sur la branche opposée et actionnant
ses menottes, nous créons un mouvement de rotation qui s’accélère et nous
entraine vers le fond. Epuisée, l’étoile nous abandonne Là, se disant qu’entre
elle et la musique, il y a un océan. Et le La, ils l’ont trouvé les musiciens
et ne le lâche plus. Leur chef les menace avec sa baguette. Tendus comme leurs
cordes, les violonistes s’exécutent. Ils envient le triangle, un planqué ami de
la famille, certainement…Et pourtant c’est formidable. Et même si Carmen était
un peu coquine avec les garçons, j’ai rarement vue une histoire d’amour qui se
terminait aussi bien.